Vipère de l'Atlas

Statut de conservation :VUVulnérable
Tendance des populations :En déclin
Vipère de l'Atlas (Vipera monticola) sur fond blanc, tête de profil et deux individus entiers, Maroc

La Vipère de l'Atlas, mieux nommée Vipère de montagne d'Afrique du Nord, est le seul représentant africain du genre Vipera, et la plus petite d'entre toutes. Elle vit plus haut que n'importe quel autre serpent du Maroc, sur les crêtes dénudées du Haut Atlas, à l'abri des coussins épineux enracinés dans les éboulis. Sa tolérance au froid est remarquable : on l'aperçoit parfois sortir se thermoréguler au soleil lors des journées d'hiver dégagées, alors que la neige couvre encore le sol à certains endroits.

Ce n'est pourtant pas seulement un serpent alpin : on la trouve également à plus basse altitude, dans le nord du pays. Récemment encore, l'espèce descendait presque jusqu'au niveau de la mer, dans les dunes côtières des alentours de Salé et de Saïdia. Ces populations ont malheureusement vraisemblablement disparu sous le développement rapide de l'activité humaine. La plupart des populations subsistantes se rencontrent en altitude, mais ne sont pas pour autant à l'abri des menaces qui pèsent sur l'espèce : le réchauffement climatique et le surpâturage poussent ces vipères toujours plus haut sur les versants, vers des sommets au-delà desquels il ne leur reste bientôt plus aucun refuge.

La Vipère de montagne d'Afrique du Nord (Vipera monticola), aussi appelée Vipère naine de l'Atlas, est, comme son nom l'indique, une petite espèce de vipère. Les populations du Haut Atlas comptent d'ailleurs les plus petits individus du genre Vipera27.

Le corps est trapu, la tête large et nettement détachée du cou. Les yeux, plutôt petits, sont surmontés d'une écaille saillante qui donne à l'espèce un air « sévère » caractéristique (obs. pers.). L'iris est cuivré et la pupille verticale. Le museau porte une écaille rostrale proéminente, en forme de petite corne, très caractéristique16.

La queue est courte, et son extrémité est jaunâtre chez environ 94 % des individus, noire chez les autres20.

Les mâles sont généralement grisâtres et les femelles brunâtres16. Dans l'Atlas, les femelles présentent en général un motif très peu marqué sur fond clair, tandis que les mâles sont souvent plus contrastés24 (obs. pers.). Les deux sexes font en général la même taille, mais la queue est plus longue chez le mâle620.

Le motif dorsal et la taille varient selon les trois sous-espèces20.

  • Chez 72 % des Vipera monticola monticola et Vipera monticola atlantica, le motif consiste en une ligne vertébrale continue coupée de barres transversales. Ces deux sous-espèces mesurent en moyenne de 30 à 34 cm du museau au cloaque20.
  • Vipera monticola saintgironsi présente des zigzags anguleux ou arrondis et mesure en moyenne 41 cm du museau au cloaque, dépassant parfois 50 cm dans certaines parties du Moyen Atlas et du Rif. Dans l'est du Haut Atlas, seules des populations naines de Vipera monticola saintgironsi ont été signalées20.

Pendant la plus grande partie du XXe siècle, les Vipères des montagnes marocaines ont été distinguées en se basant uniquement sur leur apparence. Celles du Haut Atlas central sont plus petites, dépassant rarement 40 cm, avec un dos à barres transversales plutôt qu'en zigzag. Celles du Rif, du Moyen Atlas et de l'est du Haut Atlas ont la taille de la plupart des vipères européennes (40-50 cm). Les vipères naines du Haut Atlas ont été nommées Vipera latastei montana en 1953, renommées monticola l'année suivante, puis élevées au rang d'espèce à part entière, Vipera monticola, en 1986. Les vipères de taille normale du nord du Maroc étaient encore rattachées à Vipera latastei, l'espèce présente dans le sud de l'Espagne27292.

De nouvelles mesures ont confirmé que les vipères naines du Haut Atlas central, alors rattachées à Vipera monticola, se distinguent de manière constante. Des vipères de taille normale ont toutefois été trouvées dans l'est du Haut Atlas et dans le Moyen Atlas, brouillant le critère sur lequel l'espèce avait été fondée6.

L'ADN a ensuite bouleversé cet arrangement. Le séquençage a montré que toutes les populations marocaines appartiennent à un même groupe nord-africain, et que les vipères naines du Haut Atlas central ne sont pas suffisamment distinctes génétiquement des autres vipères marocaines de taille normale pour justifier l'existence de deux espèces séparées33. Un échantillonnage plus large a révélé que la population de l'Atlas occidental constitue une lignée génétique propre, et que les animaux de l'Atlas oriental et du Rif appartiennent à la même lignée13. Autrement dit, la taille n'était pas un critère de diagnostic fiable. À ce stade, toutes les lignées marocaines furent en outre rattachées à la vipère de Lataste ibérique, Vipera latastei, et Vipera monticola fut ainsi invalidée.

Une étude de 2021, combinant génétique, morphologie et écologie, a montré que les vipères nord-africaines étaient en réalité séparées des vipères ibériques depuis la réouverture du détroit de Gibraltar, il y a environ cinq millions d'années. Les Vipères de montagne d'Afrique du Nord sont donc plus pertinemment traitées comme espèce à part entière. Vipera monticola a été de nouveau considérée comme valide. Elle regroupe désormais toutes les Vipères de montagne d'Afrique du Nord, tandis que Vipera latastei est devenue une endémique ibérique. Trois sous-espèces ont été reconnues, correspondant à trois lignées génétiques et, grossièrement, à trois parties du pays : Vipera monticola saintgironsi dans le Rif, le Moyen Atlas et l'est du Haut Atlas, Vipera monticola monticola dans le Haut Atlas central, et Vipera monticola atlantica dans l'ouest du Haut Atlas20. Les données génomiques ont depuis conforté cet arrangement11.

La Vipère de montagne d'Afrique du Nord (Vipera monticola) peut être confondue avec la Couleuvre vipérine (Natrix maura) et la Vipère de Maurétanie (Daboia mauritanica). Toutes portent sur le dos un dessin en zigzag et peuvent aplatir la tête en triangle lorsqu'elles sont menacées. La Vipère de Maurétanie et la Couleuvre vipérine s'en distinguent aisément par l'écaille rostrale élargie, qui manque à l'une comme à l'autre.

La Vipère de montagne d'Afrique du Nord (Vipera monticola) est endémique du nord-ouest de l'Afrique et constitue le seul représentant africain du genre Vipera2018. Son aire forme un ensemble d'« îlots » montagneux plutôt qu'un domaine continu. Plusieurs populations isolées se rencontrent ainsi dans les montagnes marocaines, et une population disjointe dans l'est de l'Algérie19. Des données anciennes signalent aussi l'espèce en Tunisie. Elle n'y a toutefois pas été retrouvée depuis plus d'un demi-siècle, malgré des recherches ciblées sur les localités historiques132019. Le Maroc concentre la majorité des observations, et deux des trois sous-espèces y sont des endémiques nationales18.

Au Maroc, les trois sous-espèces occupent des massifs distincts.

  • Vipera monticola monticola est endémique du Haut Atlas central, dont le massif du Toubkal et le Jbel Sirwa. Elle y vit entre 2 600 et 3 650 m2019.
  • Vipera monticola atlantica n'est connue que d'une seule population, sur le plateau du Tichka, dans l'ouest du Haut Atlas à 2 750 m, avec une aire connue de moins de 30 km²20118.
  • Vipera monticola saintgironsi possède de loin l'aire la plus vaste : elle couvre l'est du Haut Atlas, le Moyen Atlas et le Rif, du niveau de la mer jusqu'à 3 400 m20. Elle atteignait autrefois la côte nord-orientale, autour de Nador et de Saïdia. Elle subsiste peut-être encore aux environs de Nador, mais est vraisemblablement éteinte autour de Saïdia, l'habitat côtier qu'elle occupait étant fortement dégradé, la faute à un développement rapide du tourisme sur le bord de mer (obs. pers.).

Notre connaissance de la répartition de cette vipère au Maroc progresse encore rapidement. À basse altitude, l'aire a fortement diminué au cours des dernières décennies. Les populations côtières marocaines de Salé, des embouchures de la Moulouya et du Loukkos et de la péninsule de Tanger sont réputées éteintes, disparues sous le développement touristique1319, ainsi que sous l'effet de la persécution (comm. pers.). En altitude, à l'inverse, l'aire est probablement sous-estimée, car cette vipère est très discrète et les densités de populations sont faibles18. Les difficultés d'accès et la faiblesse de l'effort de prospection expliquent aussi une part du déficit, beaucoup des massifs au terrain favorable se trouvant à plusieurs jours de marche de la première piste241. Des relevés récents et des données de sciences participatives ont étendu l'aire marocaine connue d'environ 8,8 %18, soulignant la sous-prospection de la région.

Dans le Haut Atlas, les populations naines de la Vipère de montagne d'Afrique du Nord sont strictement inféodées à la haute montagne20. Le climat y est froid, ensoleillé et sec. La localité type de Vipera monticola atlantica connaît une température moyenne annuelle de 8 °C, 7 mm de pluie en saison sèche et 70 mm en saison humide, et un rayonnement solaire intense. La neige couvre le sol jusqu'à cinq mois par an201. La végétation caractéristique de cet habitat d'altitude se compose de plantes en coussin comme le Genêt (Cytisus purgans balansae) et la Plante-hérisson (Erinacea anthyllis), aux côtés de l'Alysson épineux (Alyssum spinosum), sur un terrain rocheux dénudé2024. L'intérieur des coussins amortit les écarts extrêmes de température et d'humidité entre le jour et la nuit propres au Haut Atlas, en y maintenant des températures plus élevées et un air plus humide qu'à l'extérieur12. L'espèce dépend ainsi de ces plantes à la fois pour se thermoréguler et pour s'abriter2421 (obs. pers.).

Les populations plus grandes de Vipera monticola saintgironsi, dans le Rif et le Moyen Atlas, vivent sous un climat plus doux. L'espèce y occupe des forêts toujours vertes de Cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica) ou de Sapin du Maroc (Abies maroccana), des chênaies caducifoliées (Quercus sp.), ainsi que des formations de broussailles et de végétation herbacée, le plus souvent avec des rochers abondants. À l'échelle de l'espèce, la présence dépend surtout de la pente et des précipitations annuelles, les animaux se concentrant sur les pentes de 12 % à 20 % et dans les zones recevant de 1 000 à 1 500 mm par an13.

La Vipère de montagne d'Afrique du Nord était présente dans et autour des dunes côtières près de Salé et de Saïdia, où elle est aujourd'hui très probablement éteinte20. L'habitat local a en grande partie disparu sous l'aménagement touristique.

L'espèce est terrestre et presque certainement exclusivement diurne16 (obs. pers.). Sa tolérance au froid est extrême, si bien que la dormance hivernale paraît limitée aux semaines les plus froides. Des animaux ont été observés actifs dans le Haut Atlas en mars et en avril, alors que la neige couvrait encore l'essentiel du sol alentour, et jusqu'en novembre à 1 800 m dans le Rif1016 (comm. pers.). Une sortie hivernale sur les plaques déneigées, les jours ensoleillés, avait déjà été rapportée pour les reptiles marocains en général28. En captivité, des animaux ont été observés en train de se chauffer au soleil lors des périodes de beau temps, à des températures de l'air descendant jusqu'à 6 °C, en décembre et janvier24. Cette stratégie leur permet d'optimiser leur activité dans des zones enneigées quatre à cinq mois par an1424. La première observation documentée de ce type est un animal se chauffant vers 2 900 m dans le Haut Atlas, le 6 mars 2007, avec de la neige encore présente à proximité34.

La discrétion de cette vipère21 explique que l'on ne connaisse que peu de choses sur son écologie20.

Le régime de la Vipère de montagne d'Afrique du Nord n'est connu que par des observations ponctuelles20, mais l'image qui s'en dégage est cohérente. Les petits individus sont des mangeurs de lézards spécialisés, capturant lacertidés, scinques et geckos diurnes, le Gecko diurne de l'Atlas (Quedenfeldtia trachyblepharus) étant la proie principale. Des invertébrés pourraient aussi entrer dans le régime32152416. Les plus grands individus prennent également de petits mammifères ou des oiseaux151624. Des amphibiens ont aussi été mentionnés parmi les proies19.

Le leurre caudal a été observé chez la Vipère de Lataste (Vipera latastei), l'espèce sœur de la Vipère de montagne d'Afrique du Nord (Vipera monticola). La queue était dressée de 5 à 12 cm au-dessus du sol, l'extrémité noire recourbée au-dessus et en arrière de la tête23. La Vipère de Lataste a une extrémité de queue nettement noire, alors qu'elle est jaunâtre chez environ 94 % des Vipères de montagne d'Afrique du Nord20. Une extrémité de queue colorée est généralement interprétée comme une adaptation au leurre, ce qui est cohérent avec un tel comportement chez la Vipère de montagne d'Afrique du Nord.

Aucun prédateur n'a été enregistré pour la Vipère de montagne d'Afrique du Nord16, et l'impénétrabilité des coussins végétaux où elle s'abrite, qui la met à l'abri de la prédation, a été avancée comme l'une des raisons de la survie d'une espèce à reproduction aussi lente24. Quelques prédateurs potentiels peuvent néanmoins être envisagés. La Couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus) a été observée s'attaquant à l'espèce sœur ibérique22 et a récemment été trouvée dans l'aire de la Vipère de montagne d'Afrique du Nord, tout comme la Couleuvre fer-à-cheval (Hemorrhois hippocrepis)31. Ces observations proviennent de l'Oukaïmeden (Haut Atlas central) et du plateau du Tichka, entre 2 600 et 2 700 m environ31. Nous avons également observé la Couleuvre de Montpellier au Jbel Sirwa, à 2 750 m (obs. pers.). La Coronelle girondine (Coronella girondica), ainsi que des rapaces et des corvidés, comptent parmi les prédateurs potentiels locaux32.

La Vipère de montagne d'Afrique du Nord est un serpent plutôt craintif. Le camouflage est sa première ligne de défense. Sa petite taille, sa couleur de fond et les marques du dos l'aident à se fondre sur ou entre les roches (obs. pers.). Elle a aussi l'habitude de rester dissimulée dans les coussins végétaux24. Lorsque la menace se rapproche, la réponse habituelle est la fuite, la vipère gagnant rapidement le refuge le plus proche. Ce n'est que si la fuite est empêchée qu'elle adopte le comportement défensif classique des vipères : elle s'enroule, souffle et frappe l'intrus16. Au cours de nos expéditions, nous avons photographié plusieurs individus. Aucun n'a cherché à mordre (obs. pers.). Provoquée ou piétinée par accident, la Vipère de montagne d'Afrique du Nord mord. Des morsures sèches (sans venin) sont possibles, mais toute morsure doit être considérée comme venimeuse par précaution. Il est recommandé de ne pas manipuler ce serpent : une morsure peut avoir des conséquences graves.

L'Organisation mondiale de la santé classe la Vipère de montagne d'Afrique du Nord parmi les six serpents d'importance médicale du Maroc9. Aucune des 873 morsures de serpent notifiées au centre antipoison du Maroc entre 2009 et 2013 n'a toutefois pu être attribuée à cette espèce8. Les raisons probables sont que ce serpent est petit, doté de crochets courts, produit peu de venin, a un tempérament qui privilégie la fuite et, pour les deux sous-espèces naines, occupe des terrains d'altitude où vivent peu de gens, surtout fréquentés par les bergers et leurs troupeaux en été (obs. pers.). Une absence de mentions n'implique pas une absence de morsures, mais on peut en déduire que celles-ci ne provoquent très probablement pas de symptômes assez graves pour conduire à l'hôpital.

Le venin lui-même a été caractérisé pour la première fois en 2024, à partir d'animaux collectés dans l'Atlas et le Rif. Ses familles de toxines sont comparables à celles de la plupart des vipères eurasiatiques. Il contient des enzymes qui agissent sur la coagulation du sang (19 à 31 %) ainsi que des enzymes qui dégradent les tissus et la paroi des vaisseaux sanguins (6 à 13 %). Fait notable, le venin de la Vipère de montagne d'Afrique du Nord renferme une forte proportion de phospholipases, des enzymes capables de provoquer une grande variété de symptômes, y compris des effets neurotoxiques9.

Comme aucune morsure n'a été enregistrée, les effets du venin ne peuvent qu'être déduits des toxines. L'abondance des trois principales familles suggère qu'une morsure provoquerait le tableau vipérin classique : lésions tissulaires locales et troubles de la coagulation. La prédominance des phospholipases pourrait entraîner des symptômes neurotoxiques, comme une faiblesse musculaire et des difficultés respiratoires. Les phospholipases produisent aussi des effets tissulaires et sanguins9. Aucun antivenin n'a jamais été produit contre le venin de Vipera monticola. En pratique, une morsure, où qu'elle survienne dans l'Atlas ou le Rif, doit être traitée comme une envenimation de gravité inconnue et conduire à une hospitalisation.

La Vipère de montagne d'Afrique du Nord est vivipare : les femelles donnent naissance à des jeunes déjà formés. La taille des portées reste incertaine. Si les données en captivité indiquent des portées ne dépassant pas trois ou quatre jeunes, même chez les plus grandes femelles302432, des analyses plus récentes font état de portées de deux à huit jeunes en général, ou parfois d'un seul15. La taille des portées est vraisemblablement liée à celle de la femelle, les plus grands animaux du Rif produisant des portées plus nombreuses que les spécimens nains du Haut Atlas4.

Une synthèse récente situe la mise bas en avril et mai15, tandis que des données plus anciennes la placent entre septembre et octobre24. Le calendrier de reproduction varie donc probablement selon la sous-espèce et l'altitude. Les nouveau-nés mesurent environ 40 % de la longueur adulte, soit près de 13 cm24, ce qui est très grand pour une vipère. Une portée peut représenter jusqu'au quart du poids de la femelle24. Avoir peu de grands jeunes est la stratégie attendue pour une saison d'activité courte, où de petits nouveau-nés auraient peu de chances d'atteindre une taille viable avant leur premier hiver (comm. pers.). Ce rapport impressionnant s'explique par la contrainte de produire de grands nouveau-nés tout en restant assez petite pour échapper à la prédation4.

La longévité n'a jamais été étudiée chez la Vipère de montagne d'Afrique du Nord. Les chiffres les plus proches viennent de l'espèce sœur ibérique (Vipera latastei) et estiment une longévité maximale de 15 à 21 ans4. Les autres vipères européennes se situent dans la même fourchette ou au-dessus, entre 13 et 20 ans2637.

La longévité des vipères vivant en haute altitude dans l'Atlas pourrait être légèrement supérieure, leur métabolisme n'étant actif qu'une plus courte partie de l'année (comm. pers.).

La Vipère de montagne d'Afrique du Nord (Vipera monticola) a été évaluée « Vulnérable » en 2024 par l'UICN, remplaçant un statut « Quasi menacée » datant de 2005 et ne couvrant que les populations du Haut Atlas. La zone d'occupation historique est de 1 160 km², alors que les données récentes indiquent une zone d'occupation totale de moins de 500 km². Les populations sont considérées comme sévèrement fragmentées, du fait d'une faible capacité de dispersion et d'une répartition morcelée même au sein de l'habitat montagnard favorable. Un déclin continu de l'étendue et de la qualité de l'habitat est observé au Maroc comme en Algérie. Un déclin à l'échelle de l'aire, dû au changement climatique, est également anticipé. Les évaluateurs de l'UICN ajoutent que des recherches complémentaires pourraient montrer que l'espèce mérite le statut « En danger »19. L'évaluation nationale de 2010 pour le Maroc est aujourd'hui dépassée, Vipera monticola y ayant été en partie rattachée à Vipera latastei25.

Les pressions qui menacent la Vipère de montagne d'Afrique du Nord sont les suivantes :

  • La dégradation de l'habitat est la principale pression. Plus de 98 % de l'habitat favorable se trouve dans des paysages modifiés par l'homme, principalement parcours, cultures et villages. Les parcours dominent dans l'Atlas marocain, tandis que cultures et villages dominent dans le Rif et l'Atlas tellien algérien13. Les mécanismes de cette transformation ont été décrits en détail. La déforestation procède par extraction de bois et incendies, et par le remplacement des chênaies par des plantations de pins à moyenne altitude. L'aridification découle du prélèvement d'eau pour irriguer le cannabis dans le Rif et de la surexploitation des points d'eau par les ovins et caprins dans le Moyen et le Haut Atlas. Le surpâturage s'est intensifié sous l'effet de l'augmentation à la fois de la taille des troupeaux et de la fréquence de pâturage13.
  • Le changement climatique pousse aussi lentement les espèces vers le haut. De nouveaux prédateurs colonisent l'aire de la Vipère de montagne d'Afrique du Nord31. Les vipères elles-mêmes montent peu à peu en altitude, jusqu'à une limite qui finit par atteindre le sommet des montagnes5. Un cas particulièrement préoccupant est le Jbel Sirwa, un massif assez isolé à la bordure sud de l'aire, où le climat est plus chaud et plus sec21. Les vipères y semblent déjà proches de leur limite altitudinale supérieure (obs. pers.).
  • La persécution est aussi soupçonnée20, l'espèce partageant une grande partie de son aire avec les bergers et leurs troupeaux pendant l'été (obs. pers.).

En conséquence, les prospections n'ont pas retrouvé l'espèce sur des localités qui en avaient livré la décennie précédente, et toutes présentaient ces formes de dégradation2118. Au cours de nos expéditions pour retrouver cette espèce, nous avons souvent été frappés par le degré de surpâturage constaté. Nous avons aussi cherché la Vipère de montagne d'Afrique du Nord aux abords du lac Tislit, situé dans un parc national. La végétation y était presque entièrement morte et le terrain spectaculairement érodé. Il ne restait quasiment aucun habitat structuré dans le paysage (obs. pers.).

Cette tendance ne ralentit malheureusement pas. Les modèles de niche prévoient, pour les populations septentrionales, des pertes de 56,9 % de l'habitat favorable central d'ici 2050 et de 89 % d'ici 2080, sans apparition de nouvelles zones favorables. Pour le Haut Atlas, les modèles donnent des pertes de 31 à 35 % d'ici 2050 et de 37 à 55 % d'ici 208051719.

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Comment citer

Ruffieux, C., & Vuillemin, R. (2026). Vipère de l'Atlas (Vipera monticola). Dans : Castella, C., Iallaten, H., Ruffieux, C., & Vuillemin, R. (éds.), Fauna Morocco. The Free Encyclopedia: Reptiles & Amphibians of Morocco. Disponible sur https://fauna-morocco.org/fr/encyclopedia/serpentes/viperidae/vipera-monticola.html (consulté le 18 septembre 2026).

Publié

18 septembre 2026

Mis à jour

21 septembre 2026

Auteurs

Colin Ruffieux
Rayane Vuillemin

Relecteurs

Clément Castella
Haytam Iallaten
Mohamed Taha Aissaoui

Photographie

Rayane Vuillemin

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