La Vipère heurtante (Bitis arietans) est une grande vipère au corps extrêmement massif. Le corps est court, épais et démesurément trapu, ce qui rend l'animal lourd et lent. Au Maroc, l'espèce atteint une longueur totale maximale de 1,2 m[5] ; les adultes mesurent en moyenne moins de 1 m[17].
La tête est grande, triangulaire et nettement détachée du cou, couverte sur le dessus de nombreuses petites écailles carénées. Les narines sont grandes et orientées vers le haut[10], et les yeux sont relativement petits, à pupille verticale. Une bande sombre part généralement de la lèvre supérieure, traverse l'œil et la région temporale, donnant un aspect masqué. L'espèce est solénoglyphe : deux crochets mobiles et creux atteignant 2 cm, placés à l'avant de la mâchoire supérieure, injectent le venin[5]. Ces crochets comptent parmi les plus longs de tous les serpents[8].
La queue est courte et nettement démarquée du corps. Elle est plus longue chez les mâles et s'effile plus progressivement à sa base que chez les femelles[20]. Les écailles dorsales sont carénées[10].

Plusieurs Vipères heurtantes (Bitis arietans) marocaines, montrant la variation chromatique au sein d'une même population.
Au Maroc, la couleur de fond de la Vipère heurtante varie peu[18]. Elle est généralement beige, ornée d'une série de chevrons sombres à liseré clair dont la pointe est dirigée vers la queue. L'intensité et la teinte des motifs peuvent toutefois varier, et la couleur du substrat semble influencer celle des serpents[20]. Le ventre est blanchâtre et faiblement pigmenté[20].
À l'échelle de toute l'aire de répartition, l'espèce est remarquable par sa faible variabilité : pour un serpent réparti sur presque tout un continent, la différenciation morphologique est ténue, et aucune étude morphologique n'a justifié de diviser l'espèce en taxons supplémentaires, en dehors de la seule sous-espèce somalienne[4].

Jeune Vipère heurtante (Bitis arietans), dont les yeux sont proportionnellement plus grands que chez l'adulte.

Deux Vipères heurtantes (Bitis arietans) vues de dessus, illustrant le gradient de coloration de l'espèce au Maroc.
Deux sous-espèces sont actuellement reconnues : B. a. arietans dans toute l'Afrique subsaharienne et B. a. somalica, limitée à la Corne de l'Afrique et diagnostiquée sur la seule structure des écailles sous-caudales[6].
L'image génétique est plus complexe que l'image morphologique. En 2013, une étude de séquençage à l'échelle de l'Afrique a mis en évidence plusieurs clades : un clade ouest-africain distinct, deux clades est-africains, un clade arabique divergent et un vaste clade d'Afrique australe. On estime que les principales lignées ont divergé il y a un à cinq millions d'années[4]. La tentation est d'y voir un complexe d'espèces, et la Vipère heurtante a d'ailleurs déjà été décrite comme tel, en 2010[22]. Des travaux supplémentaires restent toutefois nécessaires pour trancher cette question[4]. La recherche taxonomique est du reste le seul point que l'évaluation de l'UICN juge nécessaire pour cette espèce[28].
Concernant la population isolée du Maroc, on ignore presque tout de la façon dont elle devrait être classée par rapport aux autres populations, car seul un individu a été séquencé dans l'étude panafricaine de 2013[4]. Savoir si la population relique du Maroc est génétiquement distincte, et depuis combien de temps elle est isolée, reste donc en suspens. Une réponse précise importerait autant sur le plan médical que taxonomique, puisque la composition du venin varie d'une population à l'autre[9].