Vipère des sables

Cerastes vipera

Statut de conservation: Préoccupation Mineure
Tendance de population: Stable

Cerastes vipera header image

La Vipère des sables (Cerastes vipera) est un serpent viperidé de petite taille, mesurant jusqu'à 35 cm de longueur. Sa couleur de fond est généralement couleur sable, même si quelques spécimens peuvent être plus foncé voire quasiment totalement noirs2. Ces vipères peuvent avoir des lignes grises ou blanches sur la tête, ainsi que des dessins variés, souvent bruns, sur le dos. La femelle présente un dimorphisme sexuel avec une extrémité caudale noire et bien visible, à la différence du mâle dont la queue ne présente pas cette coloration7. Les écailles sont fortement carénées. Les yeux de cette vipère sont positionnés plutôt sur le dessus de sa tête, ce qui permet de la différencier de la Vipère à cornes du Sahara (Cersastes cerastes).

Au Maroc, la Vipère des sables (Cerastes vipera) est répartie de la côte atlantique à l'ouest jusqu'à Bouarfa à l'est, formant probablement une distribution continue. Sa présence est également très probable dans d'autres zones sablonneuses, notamment autour d'Assa ou plus à l'est jusqu'à Figuig.1.

À une échelle plus large, l'espèce étend son aire de répartition à travers le désert du Sahara, atteignant la péninsule du Sinaï et le sud-ouest d'Israël10.

Cerastes vipera est strictement associée aux zones dunaires et sablonneuses de l'ensemble des pays sahariens. La végétation plus dense et une pluviométrie annuelle plus élevée dans certains sites sont corrélées à une taille corporelle accrue et un rapport masse/longueur plus élevé chez les individus5. 6.

Le régime alimentaire est composé principalement de lézards, notamment d'Acanthodactylus. Le succès de capture est directement corrélé à la distance de déplacement et au nombre de terriers inspectés, ce qui indique que les individus plus grands et corpulents, notamment les femelles, bénéficient d'un avantage écologique dans la prédation5. 6.

Activité saisonnière et déplacement

L'espèce est active d'avril à octobre, avec des pics au printemps et à l'automne. Elle est surtout nocturne, présente principalement durant les trois premières heures suivant le coucher du soleil. Les déplacements nocturnes atteignent un maximum de 50 mètres5. De plus, l'humidité relative, et non la température, est le facteur environnemental qui influence le plus la distance parcourue6.

Modes de chasse

Contrairement à la plupart des viperidés qui se contentent du mode d'embuscade, Cerastes vipera emploie à la fois la chasse active et l'embuscade. L'activité augmente en intensité à l'approche de l'hibernation, avec une augmentation notable du nombre d'individus pratiquant la chasse active (de 5 % en avril à plus de 30 % en octobre). Ce comportement est modulé par des facteurs abiotiques, notamment la photopériode, ainsi que par l'état corporel des individus (indice de condition corporelle)3.

Dimorphisme comportemental

Les femelles utilisent la stratégie de « caudal luring », mimétisme impliquant des mouvements de la queue noire pour attirer les lézards nocturnes, une stratégie totalement absente chez les mâles. Cela se traduit par une différence nette dans le régime alimentaire, les femelles consommant plus de lézards nocturnes que les mâles (15/40 vs 4/27)7.

La concentration plasmatique en testostérone ainsi que l'activité testiculaire chez les mâles de Cerastes vipera (volume des testicules, diamètre des tubules séminifères, spermatogenèse) présentent des valeurs élevées au printemps et à l'automne, mais la reproduction n'a lieu qu'au printemps. Les mâles sont à la fois « estivaux » (production de spermatozoïdes en automne, stockés pendant l'hibernation) et « vernaux » (production au début du printemps). Ainsi, la spermatogenèse est prénuptiale, atteignant son pic avant les accouplements printaniers. Les femelles mettent bas des petits entièrement formés à la fin de l'été4.

Cerastes vipera entre en hibernation en novembre et réémerge en avril3,4. La nécessité d'accumuler des réserves énergétiques importantes avant cette période influence fortement le comportement de chasse, notamment l'augmentation de la chasse active.

Cette vipère possède des crochets à venins creux, relativement fragiles, essentiels à la prédation. Ces crochets fonctionnent comme des « aiguilles jetables », étant fréquemment perdus et remplacés. En effet, environ 25 % des échantillons fécaux analysés contiennent des crochets, ce qui suggère un remplacement tous les quatre événements de prédation, soit environ tous les vingt jours8. Fait remarquable, les dents postérieures sont également perdues et remplacées à un rythme similaire, montrant leur rôle actif dans la préhension et la déglutition des proies.

Cerastes vipera bénéficie d'une grande aire de répartition relativement éloignée des activités humaines. De ce fait, elle est classée en préoccupation mineure par l'IUCN9.

  1. Bouazza, A., Laidi, K., & Justo, M. (2020). New record of the Sahara sand viper, Cerastes vipera (Linnaeus, 1758), from north-eastern Morocco.
  2. García-Antón, P., Peranic, V., & Marín, G. (2024). First record of partially melanistic individual of Cerastes vipera (Squamata: Viperidae). 34, 37–41.
  3. Horesh, S. J. A., Sivan, J., Rosenstrauch, A., Tesler, I., Degen, A. A., & Kam, M. (2017). Seasonal biotic and abiotic factors affecting hunting strategy in free-living Saharan sand vipers, Cerastes vipera. Behavioural Processes, 135, 40–44. https://doi.org/10.1016/j.beproc.2016.11.013
  4. Sivan, J., Kam, M., Hadad, S., Allan Degen, A., Rozenboim, I., & Rosenstrauch, A. (2012). Reproductive cycle of free-living male Saharan sand vipers, Cerastes vipera (Viperidae) in the Negev desert, Israel. General and Comparative Endocrinology, 179(2), 241–247. https://doi.org/10.1016/j.ygcen.2012.08.021
  5. Sivan, J., Kam, M., Hadad, S., Degen, A. A., Rozenboim, I., & Rosenstrauch, A. (2013). Temporal activity and dietary selection in two coexisting desert snakes, the Saharan sand viper (Cerastes vipera) and the crowned leafnose (Lytorhynchus diadema). Zoology, 116(2), 113–117. https://doi.org/10.1016/j.zool.2012.09.002
  6. Subach, A., Scharf, I., & Ovadia, O. (2009). Foraging behavior and predation success of the sand viper (Cerastes vipera). Canadian Journal of Zoology, 87, 520–528. https://doi.org/10.1139/Z09-034
  7. Tesler, I., Sivan, J., Rosenstrauch, A., Horesh, S. J. A., Degen, A. A., & Kam, M. (2019). Sexual dichromatisation and sexual differences in hunting behavior and dietary intake in a free-ranging small viperid snake, Cerastes vipera. Behavioural Processes, 168, 103960. https://doi.org/10.1016/j.beproc.2019.103960
  8. Tesler, I., Sivan, J., Degen, A. A., & Kam, M. (2022). Replacement of fangs in a free-ranging desert viperid, Cerastes vipera. Zoology, 152, 126013. https://doi.org/10.1016/j.zool.2022.126013
  9. Wilms, T., Wagner, P., Joger, U., Geniez, P., Crochet, P.-A., El Mouden, E.H. & Mateo, J.A. (2013). Cerastes vipera. The IUCN Red List of Threatened Species 2013: e.T178210A15636436. https://dx.doi.org/10.2305/IUCN.UK.2013-1.RLTS.T178210A15636436.en. Accessed on 10 June 2025.
  10. Schweiger, M. (2012). Cerastes vipera (Linnaeus, 1758). In: Martínez, G., León, R., Jiménez-Robles, O., González De la Vega, J. P., Gabari, V., Rebollo, B., Sánchez-Tójar, A., Fernández-Cardenete, J. R., Gállego, J. (Eds.). Moroccoherps. Amphibians and Reptiles of Morocco and Western Sahara. Available from www.moroccoherps.com/en/ficha/Cerastes_vipera/. Version 2/08/2012.