Caméléon commun

Chamaeleo chamaeleon

Statut de conservation: Préoccupation mineure
Tendance de population: Stable

Common Chameleon

Le caméléon commun (Chamaeleo chamaeleon) est un reptile arboricole de taille moyenne, unique représentant de la famille des Chamaeleonidae au Maroc. Il peut atteindre une longueur museau-cloaque supérieure à 15 cm.3. Sa coloration varie du vert au brun, toujours marquée d'une bande claire longitudinale. Les femelles sexuellement réceptives présentent des taches jaunes sur fond vert, tandis que les femelles gravides arborent des taches jaunes sur un fond noir.2. Aucune différence significative de taille corporelle ou de morphologie céphalique n'a été trouvée entre les sexes chez les adultes.5. Cependant, on peut différencier le sexe de caméléons adultes grâce la présence d'un renflement présent a la base de la queue, présent uniquement chez les mâles Le caméléon est un lézard unique et facile à reconnaître. Ses yeux sont globuleux, ronds et en majeure partie recouvert par ses paupières. En effet, seule la pupille et une petite partie de l'iris sont visibles. Le caméléon peut cependant « cligner » des yeux ou les fermer. Les paupières se ferment alors de la même manière que chez les autres lézards.

Au Maroc le caméléon semble présent sur la majorité du territoire, du littoral aux hauteurs de l'Atlas, de Dakhla à Oujda, pouvant monter à plus de 1000m d'altitude. Il ne semble pas s'aventurer dans les zones trop sahariennes D'un point de vue plus global, le caméléon commun se rencontre sur les côtes de la mer Méditerranée, du Maroc à la Turquie en passant par la Libye. On le retrouve également à Malte, au Sud des péninsules ibérique et Italiennes, ainsi qu'à l'ouest de la péninsule arabique Fait intéressant, il semblerait que les caméléons de la péninsule ibérique ne soient pas indigènes mais aient été introduits depuis le Maroc à plusieurs reprises dans un passé relativement proche910.

Les caméléons préfèrent les zones arborées avec sol nu, y compris des environnements anthropisés comme les vergers. Ils ne se semblent pas préférer une espèce d'arbre en particulier. Une forte densité de petits buissons au sol réduit la probabilité de leur présence. À l'inverse, la distance par rapport aux routes augmente significativement la favorabilité de l'habitat, ce qui suggère un comportement d'évitement des zones routières.4. Une forte densité de petits buissons au sol réduit la probabilité de leur présence. À l'inverse, la distance par rapport aux routes augmente significativement la favorabilité de l'habitat, ce qui suggère un comportement d'évitement des zones routières.11. Cependant, les routes sont souvent inévitables lorsque, par exemple, une femelle cherche un endroit favorable pour pondre ses œufs ou lorsqu'un mâle cherche une femelle. Les caméléons peuvent donc être trouvés dans une grande diversité d'habitats, tant qu'on y trouve des arbres ou des buissons qui peuvent leur servir de perches. Lors de nos expéditions, nous avons trouvé des caméléons dans des habitats arides comme dans des habitats côtiers plus humides. Nous avons également croisé plusieurs caméléons traversant les routes.

Chamaeleo chamaeleon est actif de jour, avec un pic d'activité entre 9h et 11h du matin. L'espèce est solitaire en dehors de la saison de reproduction. Les adultes sont souvent observés dormant à l'extrémité des branches, à hauteur d'yeux, ce qui facilite leur détection nocturne (pers. obs.)5. En effet, les caméléons arborent une couleur claire pendant la nuit, ce qui permet de les repérer facilement Cependant, pendant la journée, le camouflage est primordial chez cette espèce, qui ne peut pas fuir rapidement La détection par les prédateurs est influencée par la taille de l'individu et le type de végétation. Les juvéniles perchés sur des buissons denses sont moins visibles que les adultes sur des buissons ouverts Le comportement de fuite est ajusté à ces conditions : dans de la végétation dense, les caméléons laissent le prédateur s'approcher davantage avant de fuir que sur une branche plus dégagée3.

Le régime alimentaire est principalement composé d'arthropodes. Une étude menée en Espagne a identifié 777 proies, toutes des arthropodes, dominées par les Diptères, Hyménoptères, Orthoptères et Hétéroptères. La taille des proies était généralement plus petite que dans les études antérieures basées sur des individus en captivité, indiquant un biais potentiel dans ces dernières10. Les caméléons semblent adopter une stratégie mixte de chasse « sit-and-wait » et prospection active5. Les adultes peuvent consommer des juvéniles, ce qui induit un déplacement des jeunes vers les herbes basses, phénomène connu sous le nom de changement ontogénique d'habitat6.

Le caméléon commun possède une acuité visuelle particulièrement développée pour un reptile. Le caméléon a donc une vision bien plus nette que celle d'un chat par exemple, mais moins nette que celle d'un humain14. Cette acuité semble surtout liée à la puissance négative de son cristallin. En effet, le cristallin du caméléon ne concentre pas la lumière comme chez la plupart des animaux, mais la fait diverger. Couplé à une anatomie spécifique de l'œil, cela lui permet notamment de pouvoir viser ses proies afin de les attraper avec sa langue de façon très précise Des illusions d'optique sont également perçues par les caméléons, phénomène suggérant une perception raffinée des contrastes De plus, Chamaeleo chamaeleon montre une latéralisation fonctionnelle du regard : les individus ont une préférence marquée pour l'usage de l'œil droit pour guider ses mouvements lors d'approches d'obstacles1315.

Le caméléon est très connu pour sa longue langue propulsée pour attraper ses proies. Cette langue mesure entre 1 et 1.5 fois la taille du corps du caméléon. Pour lancer cette langue, les caméléons bénéficient d'adaptations bien précises. Premièrement, ils possèdent un os spécial en forme de tube à la base de leur langue, dans leur bouche. Cet os est entouré d'une série de couches de tissus élastiques connectées. Ces couches sont tendues par des muscles puis relâchées simultanément, à la manière d'un élastique. Grâce à ce mécanisme, les caméléons sont capables de projeter leur langue de 0 à 95 km/h en un centième de seconde.

La reproduction a lieu de juillet à décembre, avec un pic observé en août. Les mâles présentent un comportement de « mate guarding » (gardiennage des femelles) en période de reproduction, généralement à partir de la mi-août, avec une durée moyenne de 13 jours. Chaque mâle peut garder successivement plusieurs femelles, mais n'en suit qu'une à la fois. Les interactions entre mâles sont fréquentes et peuvent être agressives. Certains mâles plus petits se comportent en tant qu'opportunistes, à la recherche d'opportunités de reproduction avec des femelles non-gardées par d'autres mâles.12.

Après l'accouplement, les femelles pondent entre 5 et 45 œufs dans un trou creusé dans un sol meuble. Les œufs présentent une coquille souple dont le développement est sensible aux conditions environnementales. Une étude expérimentale a montré que la température influence fortement le taux d'éclosion : 100 % à 25°C contre 64 % à 29°C. La durée d'incubation varie de 99 à 144 jours selon l'humidité et la température.8. Les petits issus d'incubation à basse température sont plus grands et plus lourds. La survie post-éclosion ne semble pas être affectée par ces conditions.

Chamaeleo chamaeleon est classé en « Préoccupation mineure » par l'IUCN au niveau mondial, avec une population stable et non fragmentée, il en va de même au Maroc.97.

En revanche, au Maroc, les menaces sur ces espèces sont encore mal quantifiées. On peut cependant citer la perte d'habitat due à l'urbanisation et à l'intensification agricole, les morts sur les routes, la collecte à des fins médicinales traditionnelles ou pour la revente sur les marchés. Toutes ces menaces pourraient très bien être menaçantes pour les populations éloignées de caméléons.7.

En partenariat avec le Caméléon Center Conservation et Morocco Herpetology, nous travaillons sur un programme d'étude et de sauvegarde du Caméléon commun au Maroc.

  1. Cuadrado, M. (1998). The influence of female size on the extent and intensity of mate guarding by males in Chamaeleo chamaeleon. Journal of Zoology, 246(3), 351–358. https://doi.org/10.1017/S0952836998009893
  2. Cuadrado, M. (2000). Body Colors Indicate the Reproductive Status of Female Common Chameleons: Experimental Evidence for the Intersex Communication Function. Ethology, 106, 79–91. https://doi.org/10.1046/j.1439-0310.2000.00493.x
  3. Cuadrado, M., Martin, J., & Lopez, P. (2001). Camouflage and escape decisions in the common chameleon Chamaeleo chamaeleon. Biological Journal of the Linnean Society, 72(4), 547–554. https://doi.org/10.1111/j.1095-8312.2001.tb01337.x
  4. Hodar, J., Pleguezuelos, J., & Poveda, J. (2000). Habitat selection of the common chameleon (Chamaeleo chamaeleon) (L.) in an area under development in southern Spain: Implications for conservation. Biological Conservation, 94, 63–68. https://doi.org/10.1016/S0006-3207(99)00163-9
  5. Ibrahim, A. A. (2013). Some Aspects of Ecology of the Common Chameleon, Chamaeleo chamaeleon musae (Squamata: Chameleonidae) in Northern Sinai, Egypt. Russian Journal of Herpetology, 20(3), 203–212. https://doi.org/10.30906/1026-2296-2013-20-3-203-212
  6. Keren-Rotem, T., Bouskila, A., & Geffen, E. (2006). Ontogenetic habitat shift and risk of cannibalism in the common chameleon (Chamaeleo chamaeleon). Behavioral Ecology and Sociobiology, 59, 723–731. https://doi.org/10.1007/s00265-005-0102-z
  7. The IUCN Red List of Threatened Species. (2025). IUCN Red List of Threatened Species. Retrieved 2 March 2025, from https://www.iucnredlist.org/fr
  8. Diaz-Paniagua, C., & Cuadrado, M. (2003). Influence of incubation conditions on hatching success, embryo development and hatchling phenotype of common chameleon (Chamaeleo chamaeleon) eggs. Amphibia-Reptilia, 24(3), 301–307. https://doi.org/10.1163/156853803322763891
  9. Pleguezuelos, J., Brito, J., FAHD, S., Feriche, M., Mateo, J., Moreno-Rueda, G., Reques, R., & Santos, X. (2010). Setting conservation priorities for the Moroccan herpetofauna: The utility of regional red lists. Oryx, 44, 501–508. https://doi.org/10.1017/S0030605310000992
  10. Pleguezuelos, J. M., Poveda, J. C., Monterrubio, R., & Ontiveros, D. (1999). Feeding Habits of the Common Chameleon, Chamaeleo Chamaeleon (Linnaeus, 1758) in the Southeastern Iberian Peninsula. Israel Journal of Zoology, 45(2), 267–276. https://doi.org/10.1080/00212210.1999.10688997
  11. Farfan, M. A., Duarte, J., Romero, D., Colorado-Pedrero, L., Garcia-Quevedo, P., Arroyo-Morales, R., & Diaz-Ruiz, F. (2025). Effects of habitat characteristics in an anthropized landscape on the spatial behavior and abundance of a common chameleon (Chamaeleo chamaeleon) population. Conservation Science and Practice, 7(6), e70070. https://doi.org/10.1111/csp2.70070
  12. Cuadrado, M. (2001). Mate guarding and social mating system in male common chameleons (Chamaeleo chamaeleon). Journal of Zoology, 255(4), 425–435. https://doi.org/10.1017/S0952836901001510
  13. Lustig, A., Keter-Katz, H., & Katzir, G. (2012). Threat perception in the chameleon (Chamaeleo chameleon): Evidence for lateralized eye use. Animal Cognition, 15(4), 609–621. https://doi.org/10.1007/s10071-012-0489-7
  14. Lev-Ari, T., Ketter Katz, H., Lustig, A., & Katzir, G. (2017). Visual Acuity and Optokinetic Directionality in the Common Chameleon (Chamaeleo chamaeleon). ECOP, 6, 145–154.
  15. Lustig, A., Ketter-Katz, H., & Katzir, G. (2013). Lateralization of visually guided detour behaviour in the common chameleon, Chamaeleo chamaeleon, a reptile with highly independent eye movements. Behavioural Processes, 100, 110–115. https://doi.org/10.1016/j.beproc.2013.08.002